Une bourrasque intense de vent souleva des feuilles qui s'envolèrent. Les gens se pressaient de rejoindre un abri, persuadés que l'orage allait éclater dans quelques minutes à peine. Le temps venait de brutalement changer. Les nuages se resserraient entre eux, devenant noirs et menaçants. Des coups de tonnerre violents résonnaient en écho durant de longues secondes et le vent semblait un hurlement strident. La tempête allait éclater d'ici peu.
Dans toute cette agitation, personne ne fit attention ou même ne distingua entre les végétaux le cadavre de Kurtis Trent, trempant dans une marre de sang, immobile, les yeux grands ouverts vers le ciel, n'exposant plus que la stupeur et la mort.
Un nouveau coup de tonnerre retentit et alors une pluie diluvienne s'abattit sur Londres. L'eau se mêla au sang, le faisant pénétrer dans la terre et s'écouler entre les feuilles. Le cadavre fut vite trempé, commençant à s'enfoncer dans la boue.
Alors soudainement, les doigts du jeune homme émirent un geste furtif, presque invisible à l'½il nu. Puis violemment il serra son poing. Kurtis cligna des yeux alors que l'eau s'écoulait sur son visage, la pluie le piquant et l'empêchant de voir correctement. Tout en restant allongé il leva une main et la passa sur son visage. Il sentit alors l'odeur immonde du sang dont sa main était trempée. Kurtis se redressa et observa sa main d'un air déconcerté et surpris. Puis les traits de son visage se crispèrent, s'étirèrent et le jeune homme commença à rire, un rire sarcastique plein d'ironie.
- Et bien voilà ça me fait une mort en plus, ironisa-t-il en se redressant.
Le jeune homme s'agenouilla avant de se mettre totalement debout. Doucement, il s'étira et observa les alentours. Lara avait disparut bien sûr.
- Croft est donc bien passée de l'autre côté, dit-il en essuyant sa main ensanglantée sur son t-shirt, tout se passe comme prévu.
Il fourra les mains dans ses poches et commença à marcher paisiblement entre les buissons alors que l'orage redoublait de fureur.
- Bien, allons nous occuper de ce « Kurtis Trent » maintenant. Si cette fausse Croft revoit le vrai Trent en vie, l'histoire risque de tourner au désastre. Cet auteur est vraiment tordu, même moi je commence à m'embrouiller avec tous ces clones.
L'inconnu se mit alors à rire de plus bel et disparut entre les arbres.
* * *
L'air se faisait plus frais, le ciel prenait des teintes rougissantes, embrasant la plaine d'un magnifique couché de Soleil : c'était l'arrivée du crépuscule. Cloud avait roulé toute l'après-midi, mais le trio n'avait toujours pas quitté les immenses plaines de Midgard semblant interminables.
Fatiguée par son combat contre Ifrit, Lara s'était assoupie sur le dos de Tifa. Elle se réveilla lorsque Cloud stoppa la moto et coupa le moteur.
Le trio mit pied à terre et Lara s'étira, engourdie à cause de ce long trajet.
- Nous allons faire une halte pour cette nuit, dit Cloud, nous sommes tous les trois fatigués et il serait plus prudent d'être en forme pour traverser la forêt.
Les deux jeunes femmes approuvèrent.
Lara observa les alentours. Ils s'étaient arrêtés devant ce qui semblait être une ferme. La jeune femme remarqua la présence d'un grand silo, de paddocks, d'une maison d'habitation et de ce qui semblait être une écurie.
- Vous pensez qu'ils accepteront de nous loger ? demanda Lara intriguée.
- Oui certainement. Nous nous sommes déjà reposés ici autrefois, répondit Tifa.
« Autrefois », est-ce qu'elle évoquait leur aventure contre Sephiroth dont lui avait vaguement parlé Smith ? Le fait de se retrouver au calme tout les trois permettrait peut être à Lara de poser quelques questions à ses compagnons.
Calmement Cloud et Tifa se dirigèrent vers l'écurie. Lara les suivit en restant en arrière, préférant les laisser faire comme ils disaient connaître les lieux. L'aventurière pénétra dans le bâtiment, le regard curieux et intéressé. Elle se demandait à quoi pouvait bien ressembler les chevaux de ce monde. Lara les imagina très grands et puissants, avec pourquoi pas une corne et des ailes, comme les chimères qu'on surnommait « licorne » et « pégase » dans son monde. La jeune femme fut presque excitée et pressa le pas pour se rapprocher d'un des box. Elle sentait la bonne odeur de la paille et du cuir dans l'écurie, cet endroit était rassurant et la jeune femme se sentait très bien, sereine et en sécurité. Cela la réconforta après toutes les émotions qu'elle avait vécues ces derniers jours.
L'aventurière observa la porte du box : elle était couverte de plaques colorées, prix offerts généralement lors des concours d'équitation. Encore plus excitée de rencontrer un « crack », Lara s'avança et jeta un coup d'½il dans le box : ses yeux s'exorbitèrent soudainement. Il y avait bien un animal dans le box, mais ça n'avait rien d'un cheval ou même d'un quelconque équidé. C'était un oiseau. L'animal était aussi grand qu'une autruche, mais possédait un plumage jaune flamboyant et des grands yeux doux et expressifs. Il observa Lara en hochant la tête tout en poussant un petit piaillement aigu, amical et curieux. L'aventurière resta statique face à l'oiseau, le regard totalement ahuri. Doucement elle se retourna et interpella Cloud et Tifa.
- Excusez-moi si je pose encore une question idiote, mais...qu'est-ce que c'est que cette « chose » ? demanda Lara en désignant l'oiseau du doigt.
Le couple échangea un regard septique. Visiblement c'était encore une réponse évidente. Cloud répondit :
- C'est un « Chocobo ». Les Chocobos sont très dociles et idéales pour les déplacements. Ils sont courageux, extrêmement rapides et endurants, ils permettent ainsi d'éviter les monstres en cas d'attaque.
- Cette ferme est un élevage de Chocobos, reprit Tifa, on élève des Chocobos pour se déplacer, certes, mais aussi pour le loisir, comme les courses par exemple.
Lara tourna la tête vers l'animal. Celui-ci continuait de la regarder avec curiosité de ses grands yeux pétillants de malice. Cet animal respirait la gentillesse. Donc les « Chocobos » remplaçaient les traditionnels « chevaux » du monde de Lara. Chaque jour l'aventurière découvrait de nouvelles choses.
- Puis-je vous aider ? Interpella une voix masculine avec un fort accent rural.
Lara fit volte face et tomba nez à nez avec un homme plutôt âgé, habillé d'une cotte et d'un chapeau de paille.
- Certainement, répondit Tifa en se rapprochant, nous avons un long voyage à faire et pour cette nuit nous voudrions nous reposer dans votre logis.
Le vieil homme fronça les sourcils et observa Tifa et Cloud avec attention. Un grand sourire niait illumina son visage lorsque le couple lui revint en mémoire.
- Mais bien entendu, j'ai deux chambres de libres ! Vous pourriez y passer la nuit si vous le souhaitez. J'ai également de la soupe si vous voulez vous restaurer.
- Merci énormément, répondit Tifa avec un sourire bienveillant.
Lara fut apaisée devant tant d'entraide. Elle était heureuse de pouvoir prendre du repos dans un lieu si chaleureux. Ca serait certainement plus réparateur que de dormir dans les bois.
Le vieil homme les invita à pénétrer dans la maison d'habitation et leur désigna une table pour dîner. Quelques minutes plus tard le trio put savourer un repas simple mais fort appétissant. Lara profita du calme et de la plénitude qui leur permettait de se reposer. Le feu crépitait dans la cheminée, laissant une douce chaleur planer dans la pièce. A l'extérieur le Soleil se couchait, exposant un ciel sublime peint de couleurs flamboyantes. La plaine devenait rougissante et commençait à disparaître dans l'obscurité au fur et à mesure que la nuit s'avançait.
Lara réfléchissait énormément mais n'osait pas demander à Cloud et à Tifa de lui conter leur histoire. Ca la gênait. Pour se vider la tête elle observait l'intérieur de la demeure. La maison était simple, faite de pierres apparentes avec des meubles de bois. Une maison de campagne aussi banale que celle qu'on pouvait trouver dans son monde. Cela ne rassasia pas l'aventurière en matière de découverte. Soudainement elle prit son courage à deux mains et interpella Cloud et Tifa.
- Dites-moi...
Les deux amis, assis l'un à côté de l'autre, levèrent la tête en même temps vers l'aventurière. Celle-ci baissa les yeux, un peu honteuse.
- Je suis désolée et je comprendrais si vous ne voulez pas me répondre mais...Smith m'a vaguement parlé de votre histoire. Comme quoi vous auriez sauvé le monde de la haine d'un certain Sephiroth.
Lara releva les yeux. Les deux amis la regardaient, silencieux et désappointés. Tifa tourna la tête vers Cloud d'un air désolé. Le jeune homme baissa les yeux en serrant les poings. Lara se sentit alors vraiment bête, elle n'aurait jamais dû leur rappeler ce qui semblait être un si mauvais souvenir pour eux.
- Je suis désolée, s'excusa la jeune femme embarrassée.
- Ce n'est pas grave, répondit Cloud soudainement.
Le jeune homme releva la tête. Ses yeux exposaient une tristesse importante mais aussi du courage et de la détermination, comme s'il était prêt à enfin sauter d'un haut plongeoir, de se débarrasser d'un fardeau trop longtemps porté.
- Je vais tout te raconter, reprit-il, mais ça va être long.
Lara sourit en approuvant d'un hochement de tête. Cloud débuta alors son récit. Cela durant plus d'une heure et durant ce laps de temps, Lara ne dit pas un mot. Elle ne posa aucune question, ne fit aucune remarque. La jeune femme fut comme aspirée par l'histoire que lui contait le jeune homme, une histoire bouleversante, tragique. Cloud n'omit aucun détail, de l'histoire dramatique de Zack à l'assassinat d'Aeris par Sephiroth. Il lui expliqua la chute de JENOVA sur terre et comment ses cellules avaient été utilisées dans des expériences sur les membres du Soldats, dont Sephiroth. Il lui décrit les horreurs commises par la Shinra et les expériences de Hojo. Toute leur quête contre Sephiroth et son désir de vengeance furent racontés avec une telle sincérité, que Lara en fut bouleversée jusqu'au plus profond de son âme, au point d'en avoir les larmes aux yeux. Lorsque enfin ce récit prit fin, Lara sentait son c½ur exploser dans sa poitrine comme si elle venait de subir un effort physique intense.
Il se passa de longues secondes dans le silence le plus total. Personne ne savait quoi dire ou n'osait faire une remarque. Lara restait statique, les yeux tristes et compatissants. Tifa observait Cloud avec douceur, comme pour l'encourager. Le jeune homme restait les yeux baissés, les poings serrés tremblant sur la table. Pour lui, raconter cette histoire était comme agiter un couteau dans son âme, une blessure profonde et sanglante qui n'arrivait pas à guérir. Cloud se sentait responsable de la mort de Zack et d'Aeris et ce poids lui pesait de plus en plus.
- Tu sais, je pense qu'ils ne t'en veulent pas...déclara soudainement Lara.
Cloud releva la tête vers l'aventurière, ses beaux yeux bleus n'exposant que la tristesse et le remord.
- Zack et Aeris sont morts pour ce en quoi ils croyaient et ça c'est la plus belle mort qu'un être humain puisse s'offrir. Tu te dois d'être heureux d'avoir survécu et tu dois continuer de vivre et de garder le sourire, pour ceux qui sont à tes côtés.
Doucement, Cloud tourna la tête vers Tifa. La jeune fille avait les larmes aux yeux mais malgré sa douleur, elle souriait. Un sourire doux, paisible et réconfortant. Le sourire qu'elle se forçait à garder, même dans les moments les plus durs. Alors Cloud baissa les yeux en fermant les yeux, silencieux. Puis après quelques secondes, il sourit lui aussi, comme si son âme venait de subitement s'apaiser. Il releva la tête vers Lara et tout en continuant de sourire dit :
- Merci.
Lara lui rendit son sourire et l'atmosphère s'apaisa, devenant moins lourde, plus réconfortante. Lara fut heureuse d'en savoir autant. Elle avait l'impression de mieux comprendre ses deux amis et enfin elle avait pu leur rendre service après ce qu'ils avaient fait pour elle.
- Et toi comment est ton monde Lara ? demanda Tifa d'une voix enjouée.
L'aventurière fut surprise d'entendre cette question. Généralement c'était toujours l'inverse, Lara questionnait les gens sur ce qui l'entourait mais jamais on ne lui avait posé des questions sur son monde à elle.
- En y réfléchissant, ce qui sépare nos deux mondes ça serait la magie. La magie est inexistante dans mon monde. Mais on y trouve aussi des continents, des océans, des villes, des campagnes. Mais pas de monstre et autres chimères.
- Pas de monstres ? La vie doit être bien paisible.
- Non détrompez-vous. Les êtres humains se suffisent à eux même pour semer le désordre dans la société. Les gens peuvent rire, pleurer, ou bien se faire la guerre, comme ici.
- La guerre est donc commune aux deux mondes, c'est une bien triste situation, répondit Cloud.
- Oui...
- Heureusement qu'il y a des gens comme toi dans ton monde, dit Tifa en souriant à la jeune femme.
- Et heureusement qu'il y a des gens comme vous, dans votre monde.
Les trois amis se sourirent et finirent de dîner. Lara se sentait bien mieux. La situation venait de changer et l'atmosphère était maintenant sereine et détendue. L'aventurière se sentait plus proche de Cloud et Tifa et avait aussi l'impression de s'être rapprochée un peu plus des mystères qui enveloppaient ce monde.
- Bien il se fait tard, fit remarquer Cloud en se levant. Allons prendre du repos, les jours qui s'annoncent ne vont pas être des plus paisibles.
Les deux femmes se levèrent également et les trois amis quittèrent le salon. Tifa et Lara dormirent ensemble tandis que Cloud se reposa dans une chambre à part. Tous les trois purent sombrer dans un sommeil réparateur et paisible.
* * *
Lorsque le jeune homme arriva enfin à Bevelle un soupçon de stress l'envahit subitement et il s'arrêta. La ville s'imposa devant lui avec une aura peu rassurante : l'aura de la Mort. Pourtant Bevelle était une ville magnifique, nacrée dans des teintes rouges et elle restait encore aujourd'hui l'une des villes les plus importantes du monde. Son influence religieuse était immense et il était facile aujourd'hui, avec tout ce qu'il s'était passé, d'influencer les habitants par des propos divins et occultes : d'où la puissance de Bevelle. Représentés par Yevon, grand prêtre mondiale adulé, les principes religieux de Bevelle refoulaient la technologie et accordaient encore énormément d'importance à la magie et autres forces occultes : parfois trop d'importance.
Dans la tête d'Altaïr tout était parfaitement clair, mais en arrivant face à la gigantesque passerelle qui menait aux portes de la ville, il prit quelques secondes pour se remémorer les ordres d'Inline. Il devait s'infiltrer au siège de Yevon, trouver le prêtre et l'assassiner, discrètement ou pas. « Yevon manipule la population en lui transmettant des valeurs archaïques, c'est suicidaire pour l'avenir » les propos d'Inline semblaient justes. « En mourant Yevon libéra la population qui pourra avancer vers l'avenir et la religion n'entraînera plus de guerres abjectes. », mais quelque chose clochait. Altaïr se sentait mal, il avait une totale confiance en son maître, mais au fond de lui une petite voix lui murmurait de s'en méfier.
Mais le jeune homme décida de chasser toutes mauvaises pensées qui pourraient le déconcentrer et le faire douter. Il commença à avancer à grands pas vers l'entrée de Sainte Bevelle. Pénétrer dans la citée ne serait pas chose facile. Elle était en effet soigneusement surveillée par des gardes armés. Le jeune homme réfléchissait. Attirer l'attention dès le départ sur sa personne engendrait des difficultés pour la suite de sa mission. Altaïr devait trouver un moyen pour contourner les gardes. En continuant de traverser la passerelle qui le menait à la porte principale, le jeune homme remarqua un groupe d'érudits en train de prier. Il y avait beaucoup d'érudits à Bevelle, mais on pouvait aussi en croiser dans le reste du monde, en particulier près des temples des priants. Entièrement vêtus d'une tunique blanche, les érudits se déplaçaient lentement en priant et pouvaient facilement pénétrer dans les villes comme ils n'inspiraient aucun risque particulier. Il ne fallut pas longtemps à Altaïr pour réagir. Sa tenue étant presque identique à celle des érudits, il se mêla au groupe et s'y dissimula dans une attitude de prière. Ainsi il avança vers les deux gigantesques portes de la ville, lentement mais sûrement. Plus il se rapprochait, plus son c½ur semblait prêt à exploser dans sa poitrine. Il sentait les yeux des gardes posés sur lui comme ceux de rapaces à l'affût. L'atmosphère était particulièrement tendue.
Mais le jeune homme se décontracta immédiatement lorsqu'il entendit les deux portes s'ouvrir. Bevelle lui ouvrait les bras et il sentit une vague de quiétude l'envahir. Il passa à côté des gardes comme si de rien n'était, alors qu'il était un assassin, qui allait tuer l'une des personnes les plus importantes du monde. Ca semblait finalement facile.
Une fois qu'Altaïr fut assez éloigné de l'entrée de la ville, il se redressa et quitta le groupe d'érudits. La foule abondante dans les rues lui permit de passer inaperçu. Aux yeux des gardes c'était maintenant un individu comme les autres. Mais cela n'allait sûrement pas durer. En effet on ne pouvait pas pénétrer au siège de Yevon facilement et encore moins rencontrer le prêtre comme n'importe qui. Plus le jeune homme réfléchissait et plus ses possibilités se réduisaient à une chose : passer par les toits. Il n'y avait que cette alternative. En hauteur il pourrait atteindre le siège plus facilement et plus rapidement. De plus il serait à l'abri des regards, excepté quelques gardes postés sur les toits.
Le jeune homme s'enfonça dans les entrailles de Bevelle. Il devait trouver une bâtisse disposée à l'escalade, lui offrant des prises nécessaires pour atteindre les toits et surtout dans un endroit où aucun garde ne le verrait grimper. Au bout de quelques minutes il finit par trouver l'endroit adéquat. Apercevant quelques gardes en patrouille, Altaïr s'assit sur un banc et décida de patienter jusqu'à ce que les alentours soient dégagés.
- C'est vrai, je suis sûr de ce que j'ai entendu, il ne s'agit pas que de rumeurs ! Déclara une voix masculine.
- C'est de la folie, qui a tenu de tels propos ?
- Yevon lui-même !
Altaïr releva la tête en percevant la conversation. Il aperçu non loin vers la gauche deux hommes en train de discuter nerveusement. Espionner les conversations faisait partie des compétences que l'assassin devait maîtriser pour mener à bien ses missions. Même si les deux hommes se trouvaient à plusieurs mètres de lui et que leurs paroles se noyaient dans le brouhaha de la ville, Altaïr n'avait aucun mal à « trier » les sons pour entendre parfaitement leurs paroles. Il tendit une oreille attentive et écouta avec attention.
- Yevon est un vieux fou sénile !
- Ne parle donc pas si fort, on pourrait t'entendre !
- Je n'en crois rien. Une personne d'un autre monde, c'est grotesque.
- Et JENOVA qu'est-ce que tu en fais ?
- C'est totalement différent. JENOVA ne venait pas d'un autre monde, c'était une entité extraterrestre. Elle n'a pas franchi de portail divin ou je ne sais qu'elle autre invocation mystique.
- Mais j'ai ouïe dire que cette personne avait été aperçue à Midgard, en compagnie justement de Cloud Strife et Tifa Lockhart ! Ca confirme les prédictions de Yevon.
- Je perds mon temps à discuter avec toi ! Je ne veux plus entendre tes histoires à dormir debout !
Alors l'un des hommes tourna les talons en haussant les épaules et quitta son camarade pour s'éloigner dans la foule. Le second homme resta seul, perplexe, exposant une forte nervosité. Altaïr continua de l'observer tout en réfléchissant. L'homme avait parlé de Yevon et cela intriguait l'assassin. Si cet inconnu savait quelque chose sur sa cible il fallait que le jeune homme en sache plus, il pourrait peut être obtenir des informations sur le siège de Yevon qu'il ne connaissait pas et ainsi mieux l'infiltrer.
L'assassin se leva et calmement commença à suivre l'inconnu. Celui-ci n'était pas très grand et devait avoir plus de soixante-dix ans : une cible facile. Altaïr patienta jusqu'à ce que le vieil homme débouche dans une ruelle déserte. Alors subitement il fonça sur lui. Il le frappa au visage et l'inconnu tomba à terre en gémissant.
- Non pitié ne me faites pas de mal ! Pleurnicha-t-il en protégeant son visage.
- Parle ! Ordonna Altaïr d'une voix ferme. Je veux en savoir plus sur l'histoire à propos des prédictions de Yevon.
- Ye...Yevon a eu une vision récemment. Il a prédit qu'une personne d'un autre monde serait arrivée sur nos terres et que l'univers serait grandement menacé...
- Un autre monde ? Vieil homme aurais-tu perdu l'esprit ?!
- Non je ne mens pas, ce sont les dires de Yevon lui-même. Selon lui il n'existerait pas un seul monde mais deux et une personne de l'autre monde aurait été envoyée ici avec la clé. C'est un signe comme quoi l'équilibre des mondes est rompu et qu'il va se passer quelque chose de grave.
- La clé ? De quelle clé s'agit-il ?
- Je l'ignore mais cette clé permettrait d'ouvrir les portes d'une citée gigantesque au pouvoir démentiel. Un pouvoir capable de remettre les mondes à nue. Cette personne qui a la clé veut tout détruire, elle veut nous anéantir, TOUS !
- Quand Yevon a-t-il eu ses visions ?
- Il y a quelques jours. Il se rend au temple pour prier tous les jours à seize heures et il communique ensuite ses visions aux érudits pour qu'ils prient dans le monde entier et demande la félicité aux dieux.
- Tu es un érudit toi aussi, c'est comme ça que tu as été mis au courant ?
- Oui, je vous en supplie laissez-moi partir, je dois avertir la population qu'un danger immense nous menace.
- Je suis désolé, mais je ne peux pas te laisser vivre.
Soudainement, Altaïr saisit le vieil homme et lui offrit un terrible coup de poing dans le ventre. L'érudit se figea en gémissant alors que sa tunique blanche fut vite tachée de sang. Le mécanisme de la lame secrète s'enclencha alors à nouveau et l'arme se dissimula dans la manche de l'assassin qui se pressa de quitter les lieux. Le jeune homme perçut en effet des pas dans la rue. Rapidement il pivota à quatre-vingt-dix degrés et se dissimula derrière un mur de pierres.
- Qui a fait ça ? Hurla une voix masculine mécontente.
- Il y a un assassin parmi nous ! répondit un autre homme.
Les gardes avaient envahit la zone du crime. Altaïr n'attendit pas plus longtemps et se pressa pour quitter les lieux. Son interrogatoire lui avait apporté l'information qu'il désirait. Yevon allait prier au temple de Bevelle à seize heures, c'est à ce moment là que l'assassin devrait agir. Mais les propos du vieil homme l'interpellaient, « un autre monde », ça semblait absurde et l'idée que le monde puisse replonger à nouveau dans le chaos fit frissonner le jeune homme. S'il avait l'occasion il faudrait qu'il interroge Yevon.
Altaïr sortit des ruelles sombres et se mêla à nouveau à la foule. Il devait se dépêcher, la grande horloge de Bevelle affichait quinze heures quarante cinq, il fallait que le jeune homme se presse s'il ne voulait pas rater sa cible. L'assassin vérifia qu'aucun garde ne l'observait et sans hésiter il bondit sur un mur pour l'escalader. Les passants s'éloignèrent et poussèrent des cris de stupeur, surpris par une telle attitude.
- Ces enfantillages ce n'est plus de son âge, dit un vieil homme en observant l'assassin escalader la paroi.
- Il va finir par se blesser, et qu'il ne compte pas sur moi pour l'aider !
- Vous êtes cruel ! Il faut l'arrêter il va finir par se faire mal !
Mais Altaïr ne prit nulle attention aux remarques des habitants. En quelques secondes il déboucha sur le toit et eut alors une vue panoramique splendide de la ville. De là où il était il pouvait voir le temple de Bevelle, une bâtisse superbe illuminant la ville de sa lumière. L'assassin se mit alors à courir, sautant de toits en toits afin de progresser rapidement. Son agilité lui permettait de se déplacer sans faux mouvements et cela en un temps record. Il lui fallut moins d'une minute pour arriver au-dessus du temple et apercevoir Yevon se rapprocher. Le prêtre était entouré d'une troupe de gardes sauvagement armés. Les provoquer serait trop dangereux et inutile. Altaïr devait pénétrer dans la salle du Priant. Ca serait le seul instant où Yevon serait seul et donc entièrement exposé.
L'assassin fit volte face et commença à escalader le toit du temple. Il devait trouver la fenêtre de la salle du Priant pour s'y faufiler. Il y avait toujours une fenêtre dans ce type de salle car elle permettait de faire pénétrer la lumière Divine. Altaïr déboucha sur un nouveau toit, juste en dessous de lui se trouvait la salle du Priant. Yevon devait déjà être à l'intérieur.
- Hé qu'est-ce que tu fais là ?! Hurla une voix dans son dos.
Altaïr se figea subitement, il venait de se faire grossièrement surprendre. Calmement l'assassin se retourna, il tomba alors nez à nez avec un garde le menaçant d'une flèche pointée droit entre ses deux yeux.
- Vas-t-en paysan ou j'te botte le train ! Ordonna le garde sévèrement.
Le jeune homme leva les bras en signe d'apaisement en approuvant d'un hochement de tête. Il fit signe de disparaître et contourna le cloché du temple pour s'y dissimuler. Collé contre le mur, l'assassin jeta un coup d'½il vers le garde pour vérifier sa position. Celui-ci lui tournait le dos, une erreur fatale qui allait lui coûter cher. Altaïr activa le mécanisme de sa lame secrète et à pas de loup se rapprocha de son ennemi. Lorsqu'il fut suffisamment proche, il le saisit violemment. Alors qu'une main plaquée sur la bouche du garde l'empêcha de hurler, la lame secrète pénétra sa gorge dans une giclé de sang. Le garde tomba à terre dans un bruit sourd, neutralisé. L'assassin put alors aller là où il souhaitait. Silencieusement il se rapprocha de la fenêtre et jeta un coup d'½il dans la salle du Priant. Yevon était bien à l'intérieur, seul, accroupi dans une position de prière face à la gigantesque statue du Priant. La statue représentait une créature immense et ténébreuse, presque glauque, Altaïr en eut des frissons en voyant ce monstre qui était censé représenter « Dieu ». Mais l'assassin ne fléchit pas. L'heure était venue. Il bondit alors de la fenêtre et atterrit à quelques mètres de Yevon. Le vieil homme avait bien sûr entendu l'assassin arriver mais il ne bougea pas, restant accroupi, les yeux fermés. Le vieil homme commença alors à chanter, sa voix était fatiguée, tremblante et triste, mais il chanta, avec sincérité et dévotion.
- Ieyui...Nobomeno...Renmiri...Yojuyogo...Hasatekanae...Kutamae...
Altaïr ne bougea pas, respectant la prière du vieil homme qui laissa les larmes dégouliner de son visage. Cette chanson, l'assassin ne la chantait que très rarement, la chanson des Priants. Une chanson qui pouvait se traduire par :
« Prie, Yevon-ju,
Rêve, enfant de prieur,
Pour encore et toujours,
Donne-nous la gloire. »
- Ieyui...Nobomeno...Renmiri...Yojuyogo...Hasatekanae...Kutamae...chanta encore Yevon alors que les larmes continuaient de s'écouler de son visage.
Calmement, le vieil homme releva la tête, les mains encore jointes il observa la statue.
- Fithos Lusec Wecos Vinosec. Sortez de votre sommeil, mes enfants, les années de l'innocence sont révolues. Sortez de votre sommeil, enfants marqués par le destin. Le repos n'est plus. Avancez et n'ayez crainte. Vivez vos rêves et devenez l'héritage vivant de vos aïeux. Car il n'y a pas de plus grande gloire, que de mourir au nom de Dieu...
Alors doucement Yevon tourna la tête vers Altaïr.
- et de lutter pour ses convictions.
Altaïr serra les poings et resta statique, silencieux, durant de longues secondes. Mais quand Yevon lui sourit avec douceur et maternité, le doute de l'assassin s'évapora et il bondit sur le prêtre. La gorge du vieil homme émit un jet de sang lorsque la lame secrète trancha sa chaire. L'assassin s'agenouilla et porta Yevon pour éviter que le prêtre ne tombe douloureusement à terre.
- Mon fils ne craint rien, gémit Yevon, Dieu ne renie pas la Mort dans son sanctuaire.
- Pardonnez-moi Yevon, mais vos propos démentiels ne pouvaient continuer d'effrayer la population.
- Que crois-tu savoir ? Penses-tu connaître la vérité ? Moi je la connais et elle n'a rien de « démentielle »...
- Quelle vérité ?
- Celle que la guerre est proche. L'ultime bataille qui plongera les mondes dans un bain de sang. Le sang qui a déjà commencé à couler le long de tes doigts.
- Cette hypothèse qu'il existe deux mondes est absurde !
- Non pas absurde, improbable, mais possible. L'équilibre des mondes est menacé et Arvamlable est à découvert. Son pouvoir est recherché, le pouvoir ultime : Bristilla.
- Arvamlable ? Bristilla ?
- La chimère ultime, la puissance paroxystique de Lux Veritatis et de Lux Apocalypsis réunies. Une seule matéria, capable de tout anéantir et de redonner aux mondes leur virginité ! La création et la destruction ensemble en un pouvoir unique. Le Britilla anéantira les mondes, les êtres humains et toute forme de vie, ne laissant derrière le chaos que des élus pour refaire le monde et repartir sur des bases nouvelles. C'est l'ultime pouvoir des Dieux d'Arvamlable, pour repartir de zéro si les choses dégénéraient.
- Je ne comprends pas, Lux Veritatis ? Lux Apocalypsis ? Qu'est-ce ?
- La Lumière...mon fils...la vie...et...la Mort...répondit Yevon d'une voix tremblante et faible. Deux Lumières Divines pour deux pouvoirs Divins. Mais aujourd'hui c'est plus que ça, ils existent des ordres pour ces deux Lumières, qui recherchent tout deux la vérité et...la source de...déséquilibre...
La peau du vieux prêtre virait en une blancheur spectrale effrayante. Il était glacé et tremblait alors que ses yeux devenant livides peinaient à rester ouverts. Altaïr le soutenait comme il le pouvait, comme pour l'empêcher de partir, assoiffé de savoir et de vérité alors que son esprit semblait se perdre dans un épais brouillard de confusion et de doute. Yevon leva une main tremblante vers le visage de l'assassin et doucement posa une main sur sa joue.
- Ne lui donne pas, Nosferatu, ne le laisse pas le prendre !
Altaïr tourna la tête vers la statue de la chimère avant de les rebaisser vers ceux de Yevon qui dégoulinaient de larmes.
- Pourquoi ? Et de qui parlez-vous ?
- Les chimères, elles sont nécessaires à l'invocation du Bristilla, il faut sacrifier les chimères et le sang des gardiens. Ne laisse pas Inline sacrifier les Dieux.
Les yeux d'Altaïr s'exorbitèrent sous la surprise. Le corps de Yevon se mit à trembler sauvagement sous les convulsions : il allait mourir. Alors le vieil homme se mit à sourire, un sourire apaisé et confiant.
- Elle est notre seule chance...
- Qui cela ?
- Lara...Croft...la source de...déséquilibre, l'anomalie...
- Lara...Croft ?!
- Prie, Yevon-ju, rêve, enfant de prieur, pour encore et toujours, donne-nous la gloire...
Yevon continua de pleurer et sans pour autant cesser de sourire, il chanta, d'une voix douce et paisible, triste et mélancolique. Alors Altaïr chanta avec lui, leurs deux voix s'élevant jusqu'au ciel dans un chant poétique.
- Ieyui...Nobomeno...Renmiri...Yojuyogo...Hasatekanae...Kutamae...
A la fin de ces paroles, le corps du vieil homme s'aplatit alors qu'il cessa de respirer et il ne dit plus un mot.
Altaïr resta silencieux. Doucement, il déposa le corps du prêtre à terre et d'un mouvement de bras lent et respectueux il lui ferma les yeux. Il observa le corps de Yevon d'un regard neutre mais dans son esprit de multiples questions venaient de naître ainsi qu'un doute draconien. L'assassin enfouit une main sous sa tunique et en sortit une plume blanche dont la pureté s'illumina sous la lumière du Soleil. Il caressa la gorge ensanglantée du vieil homme à l'aide la plume qui se tacha aussitôt de sang. L'assassin se releva alors et observa la statue. « Lux Veritatis, Arvamlable, Bristilla, Lux Apocalypsis, création, destruction...vie et mort » tous ses mots résonnaient en écho dans la tête de l'assassin qui semblait être au bord d'un gigantesque gouffre. Il ouvrit la paume de sa main et contempla la plume ensanglantée. « Ne laisse pas Inline sacrifier les Dieux. » « Elle est notre seule chance. » « Lara...Croft...la source de...déséquilibre. ».
Alors soudainement, d'un mouvement de bras rageur, Altaïr serra le poing et broya la plume. Il la jeta à terre et courut vers la fenêtre qu'il escalada afin de sortir du temple en trompe. Il lui avait menti, il s'était servi de lui et...il allait le payer !
* * *
Le jeune homme aperçut l'assassin sortir du temple en toute hâte. Il l'observa quelques secondes avant qu'Altaïr ne disparaisse de son champ de vision pour s'enfoncer dans Bevelle. Le jeune homme attendit encore quelques minutes, les bras croisés, observant l'entrée du temple avec une certaine impatiente. Cela faisait plusieurs heures qu'il attendait sur ce toit, au Soleil, alors qu'il se sentait fondre sous ses vêtements en cuir et en plus en s'ennuyant profondément. Lorsqu'une certaine agitation commença à apparaître au niveau du temple, le jeune homme sentit qu'il n'en avait plus pour très longtemps à attendre.
- Yevon est mort !!!! Le prêtre a été assassiné !!!! Hurla un garde en bondissant du temple.
Un brouhaha immense s'éleva du sol alors que l'agitation redoublait de seconde en seconde. Le jeune homme ne réagit pas plus que ça à cette nouvelle, de toute manière il le savait déjà. Calmement il se leva, chassa les mèches de ses cheveux gris qui tombaient devant ses yeux et saisit son téléphone portable. Il composa un numéro et attendit quelques sonneries avant qu'on ne décroche.
- Dante ? C'est Nero, l'assassin est sortit du temple et Yevon est mort.
- Très bien.
- Que dois-je faire ?
- Rattrape l'assassin bien sûr ! Ne me dis pas que tu l'as perdu de vue !
- Hé qui est en train de cuir à Bevelle pendant que « papy » se tourne les pouces ?
- « Papy » s'occupe de Croft.
- Toujours en train de courir après les jolies filles hein ?!
- Ouais je suis impatient de la « tester ».
- J'espère qu'elle te fera ravaler ton orgueil.
- Pendant que tu me parles l'assassin s'éloigne je crois ?!
- Oui j'ai compris, j'y vais !
Brutalement Nero raccrocha, enfouit son téléphone dans sa poche et bondit du toit. Il fallait qu'il rattrape l'assassin rapidement, mais ça ne devrait pas trop poser de problème, après tout comparé à lui il n'était...qu'un simple humain.