Chapitre 12
Lara resta plusieurs secondes statique à l'extérieur pour observer les ruines de fer silencieuses. Bien que les bâtiments étaient très délabrés, ils exposaient une architecture très particulière, comme futuriste, que l'aventurière n'arrivait pas à identifier. La jeune femme aurait pu trouver un indice grâce au climat de la région, mais ce ciel nuageux et étrange ne lui évoquait pas le moindre souvenir. De plus, la ville de « Midgard » ne lui disait rien du tout.
Lara réfléchissait et de drôles de paroles vagabondaient dans sa tête: « OK ma vieille pas de panique ! » se disait-elle « Si tu es vraiment dans un autre monde, le principal est que tu ais encore tes deux jambes ! ». La jeune femme n'arrivait pas à croire ses propres pensées. Bizarrement, l'hypothèse d'un « autre monde » lui était venue automatiquement à l'esprit. Mais peut être était-elle tout simplement trop épuisée pour penser posément et que les choses allaient se remettre vite dans l'ordre.
Lara fit volte face et se dirigea à pas décidés vers le bâtiment dans lequel avait pénétré Cloud. Levant les yeux, elle découpa la vieille bâtisse délabrée du regard : d'après son architecture, le bâtiment ressemblait à une ancienne église. L'aventurière eut un mouvement de recul en se remémorant ses douleurs passées, mais elle reprit vite ses esprits, serra les points, avança vers la bâtisse et poussa les deux gigantesques portes pour s'engouffrer à l'intérieur.
A peine les portes furent-elles ouvertes que la jeune femme stoppa net. Le choc fut violent, mais non en mal, car les yeux de Lara furent apaisés par la splendeur. Le plafond de l'église était en partie détruit, ce qui permettait aux rares rayons de Soleil de pénétrer dans la grande salle pour l'illuminer. Les banquettes de bois soigneusement réparties de chaque côté de la pièce formaient au centre une allée assez large, qui menait plus loin vers un immense parterre de fleurs. Un parfum délicat de nature régnait dans l'église, un parfum qui n'avait rien à voir avec l'odeur de gaz et de fer qu'on pouvait sentir à l'extérieur. Ici, on sentait un délicat arôme de fleurs, de bois vernis et de marbre. Le vent ne fouettait plus mais caressait la peau comme une main délicate et il n'y avait plus de monstre, mais des oiseaux qui chantaient et nichaient en haut des poutres de bois. Les vitraux colorés peignaient les murs de reflets colorés, formant comme des vagues de différentes teintes. L'atmosphère était réconfortante et poétique, ce qui apaisait l'aventurière, la beauté de l'environnement la fit sourire. Pendant un instant, elle fut enlacée d'une douceur sédative et oublia sa situation. Son regard était émerveillé et son stress venait de s'évaporer : cette église n'avait rien à voir avec son précédent lieu de séquestration.
Levant les yeux, Lara remarqua Cloud au fond de la salle. Le jeune homme se tenait proche du parterre de fleur, en train de fouiller dans des affaires. Il était silencieux, le visage toujours sans expression de gaité ou autre sentiment positif.
A petits pas respectueux Lara commença à s'approcher de lui, continuant d'observer les environs avec fascination.
- C'est beau ici...dit-t-elle paisiblement.
L'aventurière remarqua que le jeune homme avait installé une couverture et d'autres accessoires divers, comme des ustensiles de camping.
- Tu habites ici ?!
- Je viens m'y reposer de temps en temps.
Soudainement, Lara gémit alors que sa jambe lui offrit une douleur horrible, comme une brûlure. Elle se pencha et observa son mollet. Celui-ci était tout noir et de grosses cloques et croutes verdâtres se formaient sur la peau de l'aventurière. La blessure empestait le moisi et la chaire pourrie ; on aurait dit que la peau de la jeune femme se décollait. Lara grimaça de dégout, jamais elle n'avait vu une blessure pareille : c'était tout simplement répugnant. Elle se rappela alors que c'était à cet endroit que la créature l'avait mordu.
- Assieds-toi, ordonna Cloud.
L'aventurière s'exécuta. De toute manière, elle n'arrivait plus à tenir debout à cause de la douleur. Elle avait l'impression que la plaie s'agrandissait et qu'elle commençait à remonter le long de sa jambe devenant glacée, comme une sorte de gangrène. Ca ne présageait rien de bon et Lara s'inquiétait. Perdue dans le désert, la jeune femme doutait qu'un hôpital puisse se trouver à proximité pour la soigner.
Cloud ouvrit un coffre à côté de lui, saisit une petite sphère que la caisse contenait et se retourna à nouveau vers Lara qui fronçait les sourcils. La sphère n'était pas plus grosse qu'une balle de tennis et émettait une légère lueur verte. La jeune femme ne savait pas de quoi il s'agissait et se demandait bien ce que le jeune homme allait pouvoir en faire.
- On dirait que tu as été mordue, déclara Cloud en saisissant la jambe de Lara. Il faut arrêter le poison, sinon il va se répandre jusqu'à ton c½ur et tu vas mourir. Heureusement il me reste encore une matéria.
Cloud approcha la sphère de la jambe de Lara qui ne comprenait rien. L'artéfact émit alors une lueur plus importante et la plaie de l'aventurière commença à virer dans des teintes blanches. La jeune femme ne sentait rien si ce n'était une légère chaleur sur sa peau, c'était agréable, bien que surréaliste. Puis la sphère cessa soudainement de dégager de la lumière et commença à se liquéfier dans la main de Cloud. Lara ouvrit de grands yeux : sa blessure avait totalement disparu. L'aventurière inspecta soigneusement sa jambe. Sa peau avait reprit une couleur et structure tout à fait normales et la douleur s'était évaporée. Lara était totalement guérie : c'était impossible !
- Comment ?! bafouilla-t-elle abasourdie. Comment as-tu fais ?!
Le scepticisme revint sur le visage de Cloud, il fronça les sourcils, comme si la réponse semblait évidente.
- C'était une matéria qui permettait de guérir certains empoisonnements. Visiblement sa magie est épuisée et c'était la dernière fois que je pouvais l'utiliser.
L'aventurière ignorait ce qu'était une « matéria » ce qui ne fit qu'accroitre ses doutes. Mais elle décida de ne rien demander de plus à ce sujet pour le moment, elle se ridiculisait assez comme ça.
Cloud referma le coffre duquel il avait extrait l'artéfact et le verrouilla à clé. Depuis qu'il avait sauvé la jeune femme, il n'avait pas exposé un soupçon d'expression positive. Sans le connaître, Lara déduit qu'il devait posséder un passé particulièrement pesant pour être ainsi.
- Je suis désolée, reprit Lara, tu as utilisé ta matéria pour moi.
- C'est normal, je n'allais pas te laisser mourir.
- Je dois te paraître bizarre, seulement je ne sais pas du tout où je suis.
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite et continua de fouiller dans ses affaires. Lara le regarda faire en silence et se releva. Cloud sortit une feuille jaunie, la déplia, la mit dans le bon sens et la tendit à la jeune femme, il s'agissait d'une carte du monde.
- Ca va peut être t'aider, répliqua-t-il en se relevant aussi.
A peine les yeux de la jeune femme furent-ils posés sur la carte qu'ils s'écarquillèrent subitement. Il n'y avait pas d'Europe, d'Amérique, d'Australie ou d'Afrique, mais juste deux continents principaux appelés « Continent Ouest » et « Continent Est » et des noms de villes inconnues comme Luca, Midgard ou encore Port Royal : Lara n'y croyait pas, se refusait d'y croire.
Elle ferma les yeux et poussa un long soupire qui voulait tout dire. L'aventurière rendit la carte à Cloud en exposant un signe de négation de la tête. La jeune homme fourra la carte dans sa poche et baissa les yeux, semblant réfléchir.
Dans la tête de Lara tout était embrumé : « Un autre monde ?! non c'est impossible, je suis en train de faire un mauvais rêve c'est tout ! » se disait-elle pour se rassurer.
Soudainement, le silence fut troublé par un gargouillis monstrueux qui semblait un hurlement : Lara se crispa. Son ventre lui offrait des crampes horribles, elle était épuisée et affamée. Le jeune homme releva la tête et commença à marcher vers les deux grandes portes.
- Quittons cet endroit, reprit Cloud, il n'est pas des plus appropriés pour parler de tes problèmes.
- Où m'emmènes-tu ?!
- Là où tu pourras manger et te reposer.
Lara avait posé la question par réflexe mais globalement elle n'en avait que faire. Comme elle ne savait pas où elle était et où aller, elle préférait rester avec Cloud pour obtenir des explications. Elle le suivit et ils quittèrent l'église dans le silence. Enfourchant à nouveau la moto, ils démarrèrent cette fois-ci dans le calme. Doucement ils sortirent des ruines de fer noires et se dirigèrent vers une immense masse de métal : le c½ur de Midgard.
Comme la moto roulait à une vitesse plus modérée, Lara put profiter plus facilement du paysage que lors de son dernier voyage. Elle n'avait jamais vu une ville pareille : les immeubles gigantesques semblaient piquer un ciel portant encore les stigmates d'une pollution extrêmement importante et des ruines d'anciens bâtiments gisaient un peu partout entre les grues et autres engins de chantier : toute la ville était en reconstruction. Ce n'était que du fer et du béton, avec une architecture très futuriste que seul des auteurs de Science-Fiction aurait pu imaginer. La ville de Midgard semblait porter un poids de destruction immense dans ses entrailles de bétons, Lara le ressentait.
Quelques minutes plus tard, la moto stoppa devant un café. L'aventurière mit pied à terre et leva les yeux vers l'enseigne : « Le Septième Ciel », c'était le nom du bâtiment. Ce nom offrait un peu de poésie dans cet univers délabré. Cloud coupa le moteur et se dirigea vers la porte d'entrée, Lara le suivit.
L'intérieur était celui d'un café tout ce qu'il y avait de plus banal : les tables carrées remplissaient la salle de manière homogène, les grands ventilateurs au plafond offraient une climatisation agréable et diverses photos accrochées aux murs permettaient une distraction visuelle. Lorsque le couple entra dans la salle, une jeune femme occupée à faire la vaisselle derrière le comptoir leva les yeux. Son visage d'une extrême douceur la rendait particulière jolie et ses longs cheveux noirs s'accordaient à sa tenue de cuir synthétique de la même couleur. Elle émit un sourire réconfortant tout en continuant d'essuyer le verre qu'elle avait dans la main.
- Je commençais à me faire du souci, dit-elle en s'adressant à Cloud, même si tu as ton téléphone sur toi tu ne réponds jamais !
- Désolé...
L'inconnue posa ses yeux sur Lara de manière interrogatrice. L'aventurière se sentait un peu gênée, elle espérait n'être pas tombée en pleine scène de ménage.
- Lara était perdue dans le désert, déclara Cloud en désignant l'aventurière.
- Dans le désert de Midgard ? heureusement qu'on a pu te retrouver, ça grouille de monstres en ce moment. Je m'appelle Tifa, enchantée.
- Moi de même, répondit Lara en souriant.
Le sourire de Tifa offrait du réconfort. Cette fille exposait une grande pureté d'âme et sa présence rassurait énormément. Lara savait qu'elle pouvait dès lors lui offrir toute sa confiance.
- Tu veux boire ou manger quelque chose ?! demanda la demoiselle.
- Oui je suis affamée mais...
Lara passa une main dans son dos afin de farfouiller dans son sac.
- Je n'ai que très peu d'argent.
Elle en sortit quelques Euros datant de son voyage en France qu'elle posa sur le comptoir. Tifa se pencha au dessus de l'argent et le regarda d'un air interrogateur, Cloud en fit de même. Le jeune homme tendit la main et attrapa un billet du bout des doigts pour l'observer avec plus de précision.
- C'est ton argent ?! questionna-t-il en retournant le billet dans tous les sens.
- Oui, se sont des Euros, la monnaie Européenne...
Lara se sentit alors tomber au plus profond du ridicule.
- On paye partout en Gils normalement, répondit Tifa septique.
L'aventurière reprit son argent et le fourra à nouveau dans son sac à dos.
- Bon ce n'est pas grave, soupira-t-elle, donc je passe de « pauvre » à « fauchée comme les blés ».
- Je t'invite, sourit Tifa en posant son torchon sur le comptoir.
- Merci.
Lara plongea sa tête dans ses mains en soupirant. Un autre pays, une autre monnaie, soit l'aventurière avait complètement perdu l'esprit, soit l'hypothèse d'avoir été transférée dans un autre monde se renforçait encore. Dans un éclair d'illumination désespéré elle releva soudainement la tête et demanda :
- Dites moi, est-ce-que le nom d'Arvamlabe vous évoque quelque chose ?!
Tifa et Cloud froncèrent les sourcils, échangèrent un regard interrogateur, puis se retournèrent à nouveau vers Lara.
- Non cela ne me dit rien, répondit Tifa en tournant le dos pour fouiller dans les placards.
Cloud émit une expression qui voulait clairement dire « non ». Lara soupira encore. Au moins s'ils avaient dit « oui » la pièce du puzzle se serait rattachée et le moulin aurait continué à tourner. Là, la jeune femme ne comprenait rien de sa situation.
- D'où viens-tu?! demanda Tifa en posant un verre devant l'aventurière.
- Surrey, Angleterre, mais ça ne semble pas exister dans « ce monde ».
Tifa haussa un sourcil avant de remplir le verre de ce qui semblait être de l'eau.
- Il y a des chambres à l'étage, dit Cloud en se levant, tu vas pouvoir y prendre du repos.
On la prenait pour une folle, c'était clair. Lara ne savait pas quoi faire mais il fallait en effet qu'elle dorme un peu, ça remettrait peut être les choses au clair et si ça ce trouve tout cela n'était qu'un affreux mauvais rêve.
Le jeune homme pivota sur lui-même et à petits pas se dirigea vers la porte.
- Où tu vas encore ?! demanda Tifa avec un soupçon de colère dans sa voix.
- Je sors, j'ai quelque chose à faire, et il disparut en fermant la porte derrière lui.
Tifa posa les mains sur ses hanches et soupira longuement en basculant la tête de gauche à droite.
- Qu'est ce qu'il a ? demanda Lara curieuse.
- Rien, ne fais pas attention, il est toujours comme ça.
Lara déjeuna en silence, ne désirant pas se faire remarquer d'avantage et surtout trop fatiguée pour discuter. Tifa l'avait bien compris et ne lui posa aucune question.
Une fois son repas achevé, la jeune femme fut conduite à l'étage où en effet il y avait plusieurs chambres. Tifa lui souhaita bon repos, Lara se déshabilla, se laissa tomber sur le lit, s'engouffra dans les couvertures et s'endormit très rapidement.
* *
*
Winston plaça délicatement la théière bouillante sur le plateau garni de plusieurs gourmandises. Il empoigna l'ustensile argenté et quitta la cuisine pour traverser le hall d'entrée et se diriger vers le petit salon, où Lara prenait actuellement du repos.
Délicatement il posa une main à plat sous le plateau et libéra son autre main pour ouvrir la porte. Il tourna la poignée, reprit le plateau normalement et pénétra dans la pièce. A peine avait-il fait un pas dans le salon qu'il lâcha tout et le plateau tomba au sol dans un son de fracas assourdissant. Les gâteaux roulèrent sur les tapis alors que la théière se vida de son contenu sur l'épaisse moquette colorée. Le vieil homme abasourdi porta un point à sa bouche et commença à tousser, ayant presque du mal à respirer. Lara, affalée dans le canapé, savourait une cigarette, non, un joins à l'odeur immonde. Comme toutes les fenêtres étaient closes, la fumée volait dans la salle en se compactant dans un insupportable parfum de tabac. Winston se frotta les yeux, les larmes commençant à le piquer à cause de la fumé.
- Miss Croft qu'est ce qui vous prend ?! hurla le vieil homme. Cette odeur est infecte !
D'un pas décidé Winston se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit en grand, savourant l'air pur qui s'engouffra de suite dans la pièce. Il ferma les yeux pour reprendre ses esprits, avant de pivoter sur lui-même dans un état de rage exécrable.
- La cigarette est extrêmement mauvaise pour la santé ! Pire ce que vous fumez empeste les substances illicites ! Avez-vous perdu l'esprit ?!
- Je me permets un petit plaisir.
- C'est cela, et bien ce sera le seul !
La jeune femme lui lança un regard vicieux et écrasa sa cigarette dans le cendrier sans quitter le vieil homme des yeux.
- Au lieu de vous prendre pour ma mère, vous ferriez mieux de nettoyer votre bazar Winston, ordonna-t-elle brutalement au vieil homme.
Le majordome en resta pantois face au comportement impensable de sa Lady.
- Vous allez rester planté là à me regarder encore longtemps ?! Assumez votre incompétence et dépêchez vous un peu ! Si vous ne voulez pas finir en maison de retraite, assurez vos taches sans broncher !
Le vieil homme s'inclina dans une courbette respectueuse, les points serrés.
- Oui Miss, à vos ordres.
Calmement la majordome s'agenouilla et commença à ramasser les pâtisseries, sentant une colère torride bouillir en lui. Cette colère ne fit que s'accroitre lorsqu'il entendit Lara rire, mais c'était pire que rire : elle ricanait, gloussait, se moquait de lui.
Soudainement, la jeune femme se redressa et donna un coup de pied dans la théière, faisait rouler celle-ci jusqu'à Winston, en finissant de déverser tout le thé par terre.
- Vous n'oublierez pas d'éponger le sol ! le nargua-t-elle en s'affalant à nouveau dans le canapé.
Winston approuva en hochant la tête, se releva et quitta la salle en fermant la porte derrière lui, le regard noir. Le vieux majordome ne pouvait y croire : Lara avait arrêté de fumer depuis des années car cela nuisait à ses facultés respiratoires et donc à ses capacités physiques, indispensables à sa « profession ». De plus la manière dont elle lui avait adressé la parole était impensable, inimaginable, inconcevable !
Soudainement, Winston croisa Chocho qui allait vers le petit salon, il le retint par le bras.
- N'entrez pas, ordonna-t-il d'un ton ferme et froid, cette « personne » n'est pas Lara...
Le jeune homme ouvrit des yeux immenses mais le regard du vieil homme ne pouvait que lui donner raison. Winston exposait une colère monstrueuse, mais la douleur, tristesse et peine, pouvaient facilement se lire dans ses yeux ridés.
- Je connais Lara depuis suffisamment longtemps et même si elle était possédée par les démons de l'Enfer, jamais, au non au grand jamais elle ne m'aurait parlé sur ce ton !
- Winston vous êtes sûr de ce que vous dite ?! insista Chocho désappointé.
Le majordome avait des yeux noirs, Chocho en eut presque peur. Winston continua et dit :
- L'aura qui enveloppe cette « Lara Croft » est bien trop différente de celle de « ma » Lara. Tous les pores de cette femme empestent le mal. Je vous le répète Johan, ce n'est PAS Lara Croft. Je suis sûre qu'elle est possédée, droguée ou autre !
- Il a raison, résonna une voix faible au dessus du couple masculin.
Les deux hommes levèrent tout deux les yeux vers la voix. Ils aperçurent Eliane, appuyée à la balustrade. Les longs cheveux blonds de la jeune fille pendaient dans le vide, dissimulant un visage épuisé et une terrible exacerbation. Ils se précipitèrent alors en haut des marches pour aller à sa rencontre. Par réflexe, Winston posa une main sur le front de la jeune fille : il se brula et retira sa main immédiatement.
- Vous m'avez l'air encore très affaiblie, répliqua le vieil homme en tentant de l'aider.
- Ne parlez pas si fort, chuchota-t-elle presque, elle pourrait nous entendre.
Elle leur fit signe de la suivre dans sa chambre, ils s'exécutèrent, elle referma la porte derrière eux. Winston et Chocho, debout côte, à côte semblaient hypnotisés par la demoiselle. Ils la dévisageaient avec beaucoup d'émotions. Tout d'abord, ils ressentaient de la pitié et de l'inquiétude, car la jeune fille débordante de beauté était encore dans un état de santé pitoyable. Elle transpirait encore énormément, signe de sa forte fièvre et les plaies béantes lacéraient son corps pourtant parfait. Ensuite, ils étaient stressés et impatients que la demoiselle leur dise la vérité. Elle dit :
- Je n'ai pas beaucoup de temps pour vous expliquer la situation désastreuse dans laquelle le monde est en train de plonger. Johann et moi, nous devons partir immédiatement avant qu'elle ne se rende compte de notre présence ici, surtout la mienne.
- Jeune fille, la coupa Winston, je ne sais pas qui vous êtes, mais dites-moi au moins où est ma Lady, implora-t-il.
- Si elle est où je pense, alors elle très proche et très loin à la fois, dans un autre monde.
Ils la dévisagèrent tout deux comme si elle était folle, Eliane haussa les épaules.
- C'est bien trop long à vous expliquer. Johann je suis navrée que tu sois entraîné dans cette histoire. Les autres te croient mort et c'est tant mieux, ils ne viendront plus te chercher.
Eliane lança un trousseau de clés au jeune homme. Il le rattrapa avec maladresse.
- Ce sont les clés d'un appartement secret dans le centre de Londres.
Eliane lui tendit un morceau de papier où semblait inscrite l'adresse.
- Vas t-y cacher jusqu'à nouvel ordre, ne sors que pour le nécessaire et surtout ne parle de cet endroit à personne !
Le jeune homme ne savait pas quoi répondre, il se contenta alors d'hocher la tête de manière ahurie pour approuver. Winston reprit :
- Vous nous dites que Lara est dans un autre monde et que la personne qui se trouve à l'étage inférieur est un imposteur. Que dois-je faire ?
- Ne changez rien de vos habitudes avec elle. Johan l'a échappé belle, mais son sort est réservé à tous ceux qui en savent trop.
- Et toi qu'est-ce-que tu vas faire ?! demanda Chocho dépassé par la situation.
- Rejoindre les miens, en espérant avoir mis Lara suffisamment sur la piste, pour qu'elle nous revienne, car elle est la seule personne capable de sauver le monde maintenant.
- WWWIINNNSSTTOOONNN !!!!! hurla une voix monstrueuse au rez-de-chaussée.
Les trois individus sursautèrent à l'entente de la voix qui paraissait un hurlement d'enfant égorgé. Pourtant, le vieux majordome avait l'habitude d'entendre « sa » Lady l'appeler de ce type de manière, lorsque sa mauvaise humeur atteignait un paroxysme démesuré, mais jamais elle ne se permettrait d'utiliser un ton de voix si maîtrisable, orgueilleux et prétentieux. Winston en eut presque des nausées.
- Je ne pensais pas que Lady Croft pouvait devenir pire que ce qu'elle n'était déjà, dit le vieil homme avec ironie.
Winston se dirigea vers la porte de la chambre et sortit sur la balustrade, fermant la porte derrière lui.
Chocho reposa ses yeux sur Eliane, celle-ci se dirigea vers la fenêtre, l'ouvrit et commença à l'enjamber.
- Hé attends !!! hurla-t-il en plongeant en avant, qu'est ce qui te prends ?!
Il la rattrapa par le bras alors qu'elle allait sauter de plusieurs mètres de hauteur.
- Ne t'en fais pas pour la vraie Lara, elle saura revenir j'en suis sûre, j'ai confiance en elle, répliqua Eliane en lui souriant.
- Moi aussi j'ai confiance en elle, ce n'est pas ça le problème, le problème c'est que tu as parlé de « fin du monde ». Lara m'a parlé de « Lux Apocalypsis », est ce que ça a un rapport avec sa disparition ? Pourquoi parles-tu d'un autre monde ?
- Johan tu te souviens du sort qui arrive à ceux qui en savent trop ?!
- Euh...il baissa alors les yeux, oui...
Soudainement ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il sentit une peau extrêmement douce effleurer la sienne, ressentant toute la chaleur de la jeune fille qui l'embrassa sur la joue, son parfum délicat débouchant dans les poumons du jeune homme comme un élixir curatif.
- Alors ne soit pas trop curieux, déclara-t-elle tendrement, puis elle bondit par la fenêtre.
Il resta un instant statique dans une expression complètement idiote, portant une main à sa joue si doucement que le mouvement parut se dérouler au ralentit. Puis soudainement son regard s'éclaira à nouveau et il bondit à la fenêtre, observant la jeune fille plus bas qui avait commencé à courir. Celle-ci se retourna, lui sourit avant de reprendre sa course pour disparaitre dans le parcours d'entrainement.
- Oh mince Lara après quelle catastrophe cours-tu encore ?! murmura-t-il en observant le trousseau de clés.
* *
*
La jeune femme poussa un gémissement de plaisir en se retournant dans le lit, sentant les draps délicats et frais sous sa personne encore groggy par le sommeil. Doucement, elle roula sur le dos et laissa un sourire se peindre sur ses lèvres. Elle allait ouvrir les yeux délicatement et se réveillerait dans sa chambre dans le plus simple du quotidien. Après cela, elle irait prendre une douche avant de descendre à la cuisine où Winston l'accueillerait avec un superbe petit déjeuner bien garni, elle en frémissait d'avance. Ainsi, doucement, elle commença à ouvrir les yeux, hésitant presque, comme si elle doutait, voulant préserver le suspense. Lorsque ses yeux furent totalement ouverts, elle se redressa dans son lit.
- Raté, bafouilla-t-elle à haute voix.
En effet, alors qu'elle avait espéré que les événements précédents n'étaient rien d'autre que des mauvais rêves, elle se trouvait pourtant toujours dans la même chambre où elle s'était endormie et non pas dans son gigantesque manoir à Surrey. Poussant un soupire en se massant la nuque, l'aventurière passa les jambes par-dessus le lit et mit pied à terre. Il ne fallait pas qu'elle se laisse abattre. Maintenant reposée, elle était bien décidée à monter dans l'arène et à prendre le taureau par les cornes. C'était mieux que de déprimer sur son sort.
La jeune femme s'habilla, on avait d'ailleurs lavé ses affaires, une délicate attention. Puis, elle sortit de la chambre, descendit les marches et se dirigea au rez-de-chaussée pour retourner au bar. Tifa l'accueillit avec un sourire chaleureux.
- Bien dormi ?! lui demanda-t-elle en lui proposant de s'assoir.
- Oui, parfait je te remercie.
Elle s'assit en face de la jeune fille qui lui proposa de déjeuner, la table était déjà garnie de boissons et de biscuits et bien que Lara ne se trouvait pas dans son « chez elle », elle ressentait un bien être et une chaleur de compassion presque égalable à celle de son manoir. Lara se servit et laissa aller son regard dans la salle, le bar était encore vide.
- Tu es fermée aujourd'hui ?!
- Non, mais en ce moment, les affaires ne marchent pas très bien, les gens ne sortent pas beaucoup avec tout ce qui se passe en ville.
- Et qu'est ce qui se passe en ville ?!
- Des meurtres très glauques : les gens sont retrouvés morts avec un tatouage dans le dos.
Alors qu'elle allait s'étouffer, Lara avala subitement sa gorgée et commença à tousser horriblement, se tapant la poitrine de son point.
- Un...un tatouage... ?! Que représente-t-il ?! demanda-t-elle presque démente.
- Je ne l'ai pas bien vu, un ½il je crois d'après ce que racontent les médias.
Lara ouvrit des yeux immenses, bascula son sac à dos sur le côté, l'ouvrit et en sortit les photographies du temple qu'elle avait prise sur l'île. Les prenant du bout des doigts, elle les tendit à Tifa.
- Cet ½il là ?!
La demoiselle affuta son regard pour mieux voir, puis elle rendit la photo à l'aventurière.
- Oui c'est exactement ça, où as-tu eu cette photographie ?!
Soudainement, la porte d'entrée fut ouverte de l'extérieur et un homme pénétra dans le bar en tombant à terre, gémissant sous le choc. Il émit des jurons déformés par sa voix tremblante et peina à se relever, tombant à nouveau : Tifa se précipita pour lui venir en aide. L'homme empestait l'alcool à des kilomètres, Lara sentait l'odeur de sa place éloignée, il faisait des mouvements saccadés et il n'arrêtait pas de basculer dans tous les sens.
- Mer...zi...made...moizal, dit-t-il une fois sur ses pieds, soutenu par Tifa.
Il n'arrivait pas à tenir debout après deux pas, Tifa dut le rattraper à nouveau alors qu'il allait encore tomber.
- Je crois qu'il est bien mur, répliqua Lara en préparant une chaise.
L'homme s'affala sur la chaise en se cognant dans table, faisant vibrer les verres au point que certains se renversèrent sur la surface de bois vernis.
- Lara aide-moi s'il te plait, je vais lui donner un verre d'eau, répliqua Tifa en s'éloignant.
L'aventurière prit la place de Tifa pour soutenir l'homme ivre, celui-ci posa ses yeux endormis sur elle.
- Z'est Lara tonom ? tenta-il de bafouiller.
L'homme ivre était très bel homme : il avait des cheveux bruns très courts, était vêtu d'un élégant costume gris et donc physiquement, n'avait rien d'un dépravé. Lara lui répondit en se moquant :
- Oui, mon nom est Lara Croft, et toi ton petit nom c'est quoi ?
- John Smith.
Il se dandina sur la chaise et sa tête plongea en avant, Lara dut le rattraper de justesse avant qu'il ne s'encastre dans la table. Il se redressa douloureusement en gémissant, levant les yeux vers Tifa qui apportait la bouteille d'eau.
- Tu es Tifa Lockheart... ?! La proprio de ze bar ?! bredouilla-t-il maladroit.
- Oui c'est moi pourquoi ?
- Si ça ce trouve, il cherche du boulot, reprit Lara.
Soudainement, l'homme ivre se redressa parfaitement et son regard reprit une lueur tout à fait sobre.
- C'est toi le boulot, déclara-t-il d'une manière très claire.
Brutalement, il passa une main sous sa veste et dégaina un pistolet armé d'un silencieux, la situation bascula à une telle vitesse, que les deux jeunes femmes n'eurent pas la temps de faire un mouvement. En même pas une seconde, l'aventurière se retrouva menacée par l'inconnu, dont le regard était devenu tout à fait clair et déterminé, le regard d'un tueur, visant la jeune femme entre les deux yeux.